On annonce un changement de temps !

On annonce un changement de temps !

Du côté de la gare de Challans

 

Le temps des entrepôts qui fleurissaient le long de la gare de Challans est fini depuis déjà longtemps. Les locomotives à vapeur assurèrent le service jusqu’à la fin de l’année 1967 et le dernier train de marchandises distribua ses derniers wagons en 1989. La draisine affectée aux manœuvres, dont le moteur crachait de la fumée noire, ne bloque plus le passage à niveau de la rue de la Poctière et les voies de garage restantes sont envahies par l’herbe. La ligne Nantes – Saint-Gilles-Croix de Vie, depuis plus de trente ans, est uniquement dédiée aux voyageurs.

La halle des marchandises, seule témoin rescapée de l’activité marchande, disparaîtra en 2005. La seconde, dont il ne reste que le quai était partie en fumée lors d’un incendie nocturne, au début des années 70. Le même sort sera réservé plus tard à la maison de la garde-barrière de la Poctière. Au passage à niveau N°161, un train peut difficilement en cacher un autre ! Restent quelques bâtiments typiques de cette glorieuse époque, hélas tagués comme de vulgaires palissades bordant les routes : l’unité architecturale, le seul lieu de la ville où l’on peut employer ce terme, y perd malheureusement son cachet.

Autour de la gare, des deux côtés de la voie, des entrepôts privés étaient sortis de terre. Avant de transférer directement le contenu des wagons dans un camion, vers la fin des années cinquante, on stockait sur place des matériaux de construction, ou des denrées alimentaires comme du blé.

C’est précisément pour cette dernière activité que fût construit l’entrepôt actuellement en cours de démontage. Situé en bordure du boulevard de la gare, il avait été construit par Monsieur Marcel Guillet, marchand de grains. Solides murs de pierre et charpente métallique, surélevé par rapport à la rue, le sol se trouvait à bonne hauteur pour saisir un sac sur l’épaule ou charger directement un plateau de camion avec un diable. Deux madriers de bois, usés par les années, faisaient office de tampon pour les véhicules qui chargeaient à cul.

Construit dans les années 1930, il fut doublé après-guerre, par le même exploitant. Pour conjurer la pénurie de blé et l’envol de son prix, dans cette dure période de rationnement, l’Office Interprofessionnel du Blé, créé dans les années trente, retient l’entreprise Guillet pour stocker les récoltes du secteur et en contrôler les ventes.

L’échange de blé contre de la farine et du pain pratiquée chez le boulanger avait déjà été encadré par l’arrêté préfectoral du 14 juin 1934 l’interdisant sauf pour les agriculteurs et leurs employés. Pour réaliser ce nouveau bâtiment, moins haut mais légèrement plus long, la municipalité autorise la vente d’une parcelle des terrains de l’hôpital, située entre le stade Georges Sourieau et le boulevard de la Gare.

Le blé ayant pris d’autres chemins, des artisans, par la suite, occupèrent ces locaux. C’est là que l’entreprise Sopema (fourniture de peintures) s’installa en premier, puis les deux constructions les plus anciennes furent louées par l’hôpital. Deux bâtiments plus récents, sur la gauche, font partie de l’ensemble déconstruit. Sur cette surface, un immeuble d’où les locataires pourront voir passer les trains va se construire. Le quartier de la gare, longtemps l’un des plus actifs de la ville, va ainsi se régénérer.

Dans les années 80, on avait construit deux voies d’accès en amont de la gare pour deux entreprises ainsi directement desservies : les super-marchés d’André-Jean Joly (Ifaprix), actuelle salle de sports de la Cailletière et l’entreprise Bethys, (bières et limonades), entrepôts achetés par la quincaillerie Bailly-Quaireau et actuellement Brico Marché. Quelques années plus tard, le service marchandise disparaissait. En France, la route avait enterré le fret ferroviaire.

E.C 8/08/2022

Sources : Roby ; la Shenov ; l’ASLO. Photo de l’auteur.