Mélomanes Challandais – Tempête du 3 février 1910

Actualités historiques

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Les mélomanes Challandais, il y a 130 ans !

                         Les Folles Journées en région réunissent tous les ans, depuis 2002, un public important. Une ville fut choisie lors de cette première décentralisation, dans chacun des cinq départements des Pays de Loire. Pour la Vendée ce fut Challans. Une aubaine pour les mélomanes !

Les mélomanes étaient peut-être plus nombreux encore autrefois, si l’on relit un spécialiste, Auguste Barrau. Dans sa chronique du Libéral du 15 mai 1891, il y a donc 130 ans, il relate le premier concert de l’Orphéon « L’indépendant ».

« Pour les amateurs de belle et bonne musique, le concert donné dimanche dernier par l’Orphéon a été un vrai régal. Aussi, personnellement, nous remercions les organisateurs de nous avoir permis d’entendre des artistes qui, au Grand Théâtre de Nantes, occupent les premiers pupitres.  Ce plaisir a été d’autant mieux goûté par les dillettanti challandais que la partie musicale occupait une place de choix.

A huit heures, la Salle de l’Avenir était littéralement comble. Beaucoup de spectateurs ont du rester debout. A huit heures un quart, le rideau se levait et l’Orphéon, sous l’habile direction de Monsieur Chabiron, attaquait avec entrain le chœur bien connu des Soldats de Faust. Constatons, une fois pour toutes, les progrès réalisés par notre société chorale. Les attaques sont meilleures, les nuances plus délicatement observées, les voix ont pris de l’ampleur sans les défaillances de jadis, et les premières parties sont bien tenues.

                        Gaules et France, le superbe chœur de Saintis, a été admirablement rendu et le Chant du départ. bissé d’importance. MM. Merlier et Ricolleau nous ont fait grand plaisir dans le duo du Carnaval de Venise. Celui de La Reine de Chypre a été brillamment enlevé par M Beccaria et par M. Rondeau, dont la belle voix pleine se ressentait un peu de l’émotion d’un début.
M Pontoizeau, un amateur qui est de tous les concerts des environs, a chanté avec infiniment de goût et de sentiments, Les enfants, cette tendre page de Massenet. Le Chant à boire tiré de Lysistrata de Feautrier lui a valu des rappels mérités ».

Ce n’est que la première partie de la soirée. La suite est réservée aux « bouffonneries désopilantes, aux excentricités musicales », avant d’aborder les six morceaux interprétés par les musiciens du Grand Théâtre de Nantes. Piano, violon, violoncelle et flûte. Le succès est « colossal » et « la quête, faite au cours de la soirée, a produit la somme 300 francs ». Une pratique courante à cette époque, qui permet de soulager les plus nécessiteux de la commune.

Monsieur Jules Laprée, pharmacien rue Gobin, et Charles Bathuaud, conseiller municipal, sont à la tête de l’Orphéon,  et les organisateurs de ce concert.

La Salle de l’Avenir (privée) comptait de 4 à 500 places assises en gradins. Elle se situait à l’angle de la Rue de La paix et de la Rue du Général Leclerc. Actuellement immeuble Banque Tarneaud.

E.C.
D’après Auguste Barrau.
Archives shenov.

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La tempête de la nuit du 2 au 3 février 1910
 La météorologie nous avait annoncé un mois de mai humide !
C’est gagné avec, en prime, un vent très présent et soutenu.

                        En janvier 1910, c’était une tout autre affaire. La Seine sortait de son lit et inondait durablement Paris. Les titres des journaux annonçaient un « Désastre National ». La capitale n’est pas la seule touchée. Tous les fleuves sont au plus haut mais c’est l’ouragan du 2 au 3 février 1910 qui nous intéresse dans cette chronique. Il balaye le Sud-Ouest, arrache plus de 4000 arbres, détruit des maisons. Il sera suivi d’une hausse rapide des températures, qui entraînera une brusque fonte des neiges, provoquant à nouveau la montée des eaux.

Un bateau-feu à l’entrée de la Gironde se déplaçait suivant les bancs de sables, très mobiles et dangereux pour la navigation (collection: Erick Croizé )

  Le Sud-Ouest est proche de nous et, à Challans aussi, la nuit du 2 au 3 février a laissé des traces : voici ce que raconte l’hebdomadaire nantais « L’Espérance du Peuple »  dans son édition du 8 février.

« Challans – Dans la nuit de mercredi à jeudi, une tempête de vent de Nord – Ouest, de pluie, de grêle, de verglas et de neige s’est déchaînée, vers trois heures du matin, sur notre localité et ses environs. Aussi, les habitants ont-ils été surpris de voir, à leur réveil, nos rues transformées en torrents en mains endroits ; tous les jardins, prairies et champs alentours, en contre-bas des rues et des routes, couverts par une épaisse couche d’eau. Beaucoup de caves ont été inondées, des routes couvertes d’eau dans leurs parties basses, entre autres celle de Soullans, et celle de la Poctière, à 100 mètres environ de la ligne de chemin de fer.

Dans la matinée de jeudi, une maison d’habitation, sise en face du dépôt des machines de la Compagnie de Challans à Fromentine, et séparée de celle-ci par la ligne de Nantes, était  complètement entourée d’eau et ce n’est qu’assez tard, l’après-midi, que monsieur Boucard, qui l’occupe, a pu sortir de chez lui.

Le lavoir du Guy était, lui aussi, inabordable. A Pont-Habert, le pont était devenu insuffisant pour l’écoulement des eaux, de sorte qu’il ne suffisait que d’une légère poussée pour quelle déborde par-dessus la route, coupant ainsi toute communication, même pour le tramway entre Challans, Beauvoir, Fromentine et les Îles d’Yeu et Noirmoutier.

Dans le bourg de Saint-Gervais, le train de Fromentine arrivant de Challans à 8 h 1/4 du matin, a eu beaucoup de difficulté pour passer, l’eau recouvrant voie et chaussée.

A la Rive de Challans, l’eau du marais est montée au point que plusieurs habitants vont être, si les vents d’Ouest persistent, obligés de déménager. Toute la partie du marais, comprise entre ce point et Sallertaine, est recouverte d’une épaisseur d’eau atteignant plusieurs mètres. On se croirait au bord d’un immense lac. Dans le quartier de Sallertaine, plusieurs familles auraient abandonné leur demeure, envahies par l’eau ».
« Espérons, ajoute l’auteur de ces lignes, que le temps plus calme de la soirée de jeudi, aura facilité l’écoulement des eaux »
E.C.

Sources : Les cahiers de l’abbé Grelier. Archives de la Vendée.

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Des taxes sur les chiens et les divertissements

Jusqu’au début du XXe siècle, les municipalités avaient à leur disposition une grande variété de taxes, notamment pour remplir la caisse du bureau de bienfaisance (« assistance aux femmes en couche, » « assistance aux vieillards, » « assistance médicale gratuite… ») Certaines de ces « contributions indirectes » peuvent paraître surprenantes aujourd’hui, quoi que… On lit par exemple, dans une délibération de 1928, que le maire Maurice Ballineau « fait connaître au Conseil qu’il y aurait lieu d’augmenter la taxe perçue sur les chiens qui est actuellement de un francs pour les animaux de garde et de 5 francs pour les autres » (1). Et c’est une augmentation du simple au double qui sera votée, le taux passant « à 2 francs pour les chiens de garde et 10 francs pour les chiens de chasse et autres chiens. »

Plus original, en 1921 déjà, le même conseil avait décidé de se servir d’une nouvelle loi qui, « indépendamment du droit des pauvres, » permettait aux communes de percevoir des taxes « sur les cinémas et les établissements publics où l’on joue de la musique et où se déroulent des représentations théâtrales. » On découvre du coup la richesse culturelle de Challans à l’époque, et la nature de ce qui était proposé. Le maire ajoute « que plusieurs fois par an, la commune reçoit la visite de théâtres forains et de cinémas ambulants ; qu’il se donne également des bals publics et des concerts symphoniques… » Mais conclusion : « il y a donc là une nouvelle catégorie de ressources dont la situation financière de la commune commande de profiter. » La culture devenait essentielle… Finalement, le conseil municipal fixera cette taxe à 3 % du prix des places « en sus de ce prix, » pour : « les théâtres, cafés concerts, concerts symphoniques, phonographes, orchestres mécaniques, cinématographes et autres spectacles ou divertissements assimilables, » sans oublier les bals publics. « Toutefois la taxe ainsi établie ne s’appliquera pas aux représentations ou divertissements au profit exclusif du Bureau de bienfaisance et des fêtes organisées par l’association des Mutilés. »

(1) Archives de la Vendée, délibérations municipales de Challans.

DLB

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