LES BRÈVES DE NOVEMBRE

Les dernières infos de la SHENOV
Novembre 2021

Sorties des archives de la Société d’Histoire et plus précisément du Phare de la Loire, voici trois articles publiés en 1931. Ils sont signés Auguste Barrau.

Vous trouverez également dans ces brèves de novembre deux histoires étonnantes dénichées par Didier Le Bornec et la présentation d’une rue disparue : la Rue Louis XIII.

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Température inquiétante

Quelques astronomes déclare que la T.S.F. (1), pas plus que l’électrification, qui partout , se généralise, ne sont les causes des perturbations atmosphériques que nous subissons depuis quelques années.

Il se peut. Mais les savants ont affirmé l’impossibilité de mise en pratique de tant de découvertes, qui se sont pourtant réalisées – l’aviation entre autres – qu’il est bien permis de ne pas partager l’avis des négateurs.

Ce qu’il y a de certains, et ce que l’on constate, c’est que les saisons se sont complètement modifiées. De mémoire des plus anciens de notre localité, jamais nous n’avions eu un mois d’août aussi désagréable que le présent.

Pluie, vent, orage, se succèdent et sèment la désolation dans les campagnes. Notre marais est couvert de presque autant d’eau qu’en hiver, aussi les courses de chevaux qui devaient avoir lieu le 30 courant, sont elles remises en septembre (2). Dans certaines prairies, la fauche n’a pu être faite, et dans d’autres, le foin coupé et mis en meulons, baigne dans l’eau dont on attend la disparition pour procéder à son enlèvement.

A. BARRAU

(1) T.S.F. Télégraphie Sans Fil. On compte, à cette date, 12 postes de T.S.F en ville et 2 en campagne. Un auditeur s’appelle un « Téséfile » ARRET 1925
(2) Les courses de chevaux se déroulaient sur les Prairies de Coudrie, entre l’actuelle route de Saint-Jean-de-Monts et la rocade. Des terrains qui s’inondent toujours, car en dessous du niveau de la mer et traversés par un ruisseau.

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Coup de tabac

Voici que les fumeurs de nouveau se plaignent des manufactures de l’état qui font pourtant, à les croire, tout de qu’elles peuvent pour contenter leurs clients. Plusieurs de ces derniers nous signalent que depuis quelques semaines, ils trouvent dans les paquets à 2F50, avec ou sans vignette, les mêmes problèmes que précédemment. Tabac complètement en miette, bûches inutilisables, voire pointes, débris de métal, corne, os !

Nous ne pouvons que transmettre leurs réclamations à l’administration.

A. BARRAU

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A propos du costume maraichin

Dimanche dernier a été conduit à sa dernière demeure, M. Guyard Jean-Baptiste, fermier aux Cormiers, décédé à l’âge de soixante-quinze ans, et dont l’ancien professeur de dessin du lycée de La Roche, M. Haudeville, a fait il y a quelques années, un portrait très réussi.

Avec lui disparaît le dernier porteur dans notre commune du costume local, auquel il avait du faire, par suite de l’impossibilité de s’en procurer certains éléments caractéristiques, quelques suppressions. Car s’il avait conservé le chapeau, bordé et entouré de velours retombant en deux bandes sur le cou ; la cravate, au nœud spécial, souligné de l’ « épinglette » traditionnelle ; la veste courte, le gilet et la culotte à pont, il lui avait fallut remplacer les boutons étoile de cuivre argenté, ornant ses vêtements, par des boutons de corne ou de corozo. Puis, il avait été obligé de modifier sa chaussure : les sabotiers ne fabricants plus les sabots à bride et à bec recourbé dont usaient et les paysans et aussi quelques bourgeois et de ne plus se  ceindre de la ceinture de laine multicolore que terminaient aux deux extrémités, des rubans de laine verte servant à l’attacher.

Nous avons, maintes fois, déploré la disparition de ces costumes traditionnels qui donnent un cachet spécial à notre Marais, aussi, n’y reviendrons nous pas : on ne ressuscite pas les morts.

L’évolution que, fatalement, le progrès détermine fut, chez nous, retardée par la fidélité de notre population aux croyances, aux coutumes, aux manières de vivre ancestrales. Au siècle dernier et durant les années d’avant la dernière guerre, ses pas lents et mesurés ne laissèrent que de légères traces. L’épouvantable catastrophe qui dura quatre ans, non contente d’anéantir des millions d’existences, a bouleversé si profondément les âmes et les caractères, qu’il en résulte une humanité nouvelle qui, le passé ne comptant plus, aspire à l’uniformité.

La génération actuelle n’a plus pour idéal les beaux enthousiasmes d’autrefois : les vieillards avec regret, le constatent, mais les jeunes à qui l’avenir appartient, s’en font gloire et savent en tirer profit.

Nous ne retrouverons plus les costumes maraichins que dans quelques collections particulières, dans les toiles des maîtres disparus, Milcendeau et Lepère , dans les eaux-fortes du peintre niortais Escudier et les dessins de Grandjouan, Launois, Haudeville et quelques autres.

A. BARRAU

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Le veau marin et la baleine de Sallertaine

Début juin 1937, le Phare de la Loire, rubrique Challans, titrait: “Etrange histoire du veau marin (?) Et l’on apprenait que: «Depuis quelques jours, les riverains du marais de Sallertaine sont en émoi. On parle, en effet, de la présence d’un “veau marin,” une sorte de monstre qui, la nuit, pousse des beuglements sinistres! Cet animal aurait remonté le cours de l’Etier, depuis Fromentine, lorsque le marais était inondé, et depuis se tiendrait dans les fossés, allant même jusque vers le Perrier. Dans la journée, il est invisible; cependant certains prétendent l’avoir aperçu et l’on parle même d’un chasseur qui s’était rendu dans les marais, avec son fusil, pour tuer l’animal, mais qui, le voyant apparaître à quinze mètres de lui, se sauva effrayé.» De nombreuses autres personnes tentèrent de le voir aussi, mais en vain. Le journal espérait: «la capture prochaine de ce ’’veau marin,’’ si toutefois il existe,» pour rendre la tranquillité «aux paisibles habitants du marais.» Il n’y eut pas de suites apparemment.

 

Le squelette d’une baleine

Mais il faut croire que Sallertaine attire les animaux marins. Vingt-huit ans plus tôt, dans le bulletin paroissial du 3 octobre 1909, l’abbé Prudent Roger relatait une “Curieuse découverte.” Cette fois, il s’agissait des ossements d’une baleine, découverts en partie par: «Henri Tessier du Frêne, qui était occupé à nettoyer un fossé donnant sur l’Etier, à quelques pas de chez lui.»  Son travail était presque achevé :«lorsque sa ’’fraye’’ (bêche) en plongeant dans la boue rencontre un objet qui résiste. Cet obstacle n’est pas une pierre ; l’objet frappé sonne plutôt sous la fraye comme du bois sec.»  Henri Tessier creuse autour, pense trouver une grosse souche: «Il dégarnit encore, et il finit par constater qu’il a devant lui un os, un os énorme qu’il lui est impossible de remuer tant qu’il ne sera pas complètement dégagé. Il se rappelle alors, qu’il y a une douzaine d’années, lorsqu’on creusa ce fossé pour la première fois on avait trouvé, dans ce même endroit, des fragments d’os à peu près semblables. Très longtemps même l’un de ces os servit comme d’un billot pour recevoir, à la porte de la maison, soit des pots de fleurs, soit la terrine à se laver les mains.»  Afin de soulever sa trouvaille, Tessier doit appeler de l’aide. Alors:  «on arrive à sortir l’os de son trou et à le hisser sur le pré,»  mais ce faisant:  «d’autres os résonnent sous l’acier de la fraye. Il y a évidemment tout un squelette d’un animal aux proportions effrayantes. Nos hommes se mirent à l’œuvre et sortirent de la terre plusieurs fragments d’os dont l’un formait un arc immense. Puis la nuit venue, ils abandonnèrent ce travail qui n’a pas été repris depuis.»

«Quand, 8 jours après la découverte, nous allâmes, M. l’Abbé et moi, en compagnie de M. l’Abbé Vrignaud et de M. Chauvreau, voir ces objets étranges dont on nous avait parlé, nous pûmes constater que c’étaient bien des os, et des os d’un animal du genre de la baleine

«Le plus gros morceau fut pesé sous nos yeux : son poids était de 130 livres. Il avait tout l’air d’être l’un des os du bassin. Le fameux ’’arc-de-triomphe’’ qu’on nous avait annoncé n’était autre qu’une côte : elle mesurait 2 m 40 de long et pesait 16 livres. Une 3e pièce assez importante pouvait être le sternum (…) sa longueur était de 1 m 70 ; et il n’était pas entier.»

«En examinant l’endroit où ces ossements ont été découverts, nous avons pu constater qu’il en restait encore d’autres ; on pourrait par de nouveaux déblaiements mettre à vue le squelette de l’animal. La position dans laquelle ces ossements ont été trouvés indique qu’ils n’ont pas été jetés là comme des débris, mais que l’animal est bien venu périr en cet endroit, à l’époque très reculée où la mer envahissait notre marais. Elle était venue, la pauvre bête se promener là à marée haute, en suivant le courant de l’Etier ; et la mer baissant lui a joué le vilain tour de la laisser à plat ventre sur le sable ou sur la boue où il lui a fallu périr

Là aussi, aucun autre document, à notre connaissance, ne parle des suites données à cette découverte.

Sources:  Archives de la Vendée – fonds Grellier et bulletins de la paroisse de Sallertaine.

DLB

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N’habite plus à l’adresse indiquéeraconte…

La Rue Louis XIII
(de la Rue Carnot à la Rue de Lorraine)


Elle n’est plus!  emportée peu après 1968, année fort agitée qui vit, entre autres, le décès de l’abbé Charles Grelier le dimanche 4 août.

La Rue Louis XIII disparue en effet en même temps que la maison de famille de l’historien et archéologue local. Même si son premier souhait fût tout autre! Il en avait fait donation à une association d’officiers de réserve de l’armée. Le notaire de cette association, Monsieur Lesbas, se sépara rapidement du bien qui donnait sur trois rues : la rue Carnot pour la façade, la Rue du Four Banal pour le jardin, et le côté droit de la Rue Louis XIII doté d’un grand portail en fer forgé, pour les dépendances. L’acheteur, l’épicier Florent Jolly, souhaitait ouvrir une supérette. C’était l’époque.

Un autre bien immobilier était nécessaire pour réaliser l’opération. C’était l’ancienne épicerie – quincaillerie de Médéric et Hyacinthe Salmon qui donnait, elle aussi, et Rue Carnot, et Rue Louis XIII. Pour réunir les deux parcelles, il fallait couper cette petite rue d’une centaine de mètres qui reliait la Rue Carnot et la Rue de Lorraine. Ce qui fut accordé. N’en restait alors, côté Rue de Lorraine, que quelques dizaines de mètres, correspondant à l’arrière de la boulangerie.

L’abbé Charles Grelier raconte : « On l’avait d’abord nommée Rue Eudoxie parce qu’une grande, sèche et maigre, belle femme quand même, y habitait. Elle avait dû être lingère et couturière avant de vendre, pour vivre, des petits gâteaux exquis ». Traversière  avait été son second nom, avant qu’on lui donne celui du seul Roi de France ayant fait une nuitée à Challans. Louis XIII donna également son nom à l’auberge qui fait l’angle de la Rue Carnot et de la Rue Pierre Monnier, même si ce n’est pas celle-ci qui l’accueilli.

Sa façade, la seule qui à Challans, soit « classée », s’accorde bien de cette appellation royale. Ce même nom convenait bien, par sa situation, à cette petite et discrète ruelle qui s’animait fort, les dimanches de la Fête-Dieu.

Gildas et Sophie Grelier, les parents de l’abbé, forts croyants, installaient dans le grand jardin qui prolongeait la maison, un somptueux reposoir. Ces jours de fête religieuse, la procession s’engouffrait dans la rue Louis XIII où le grand portail s’ouvrait sur l’un des plus beaux autels installés pour la circonstance. Chaque quartier du centre-ville rivalisait d’ingéniosité, et n’hésitait pas à donner dans la surenchère de fleurs et de décorum.

Le reposoir de la maison Grelier était édifié dans le grand jardin ou l’abbé disposait de son propre oratoire. Année 1946.

 

Un fois passé le portail du jardin Grelier, où trônaient deux magnifiques tilleuls, on trouvait la Bibliothèque Paroissiale (actuellement rue Pierre Monnier) installée dans un petit local prêté par l’abbé, et, toujours partie prenante de la propriété, le magasin et l’atelier du tapissier Jean Vincendeau. Poursuivant la rue sur le même côté, un séchoir à tabac faisait face à l’arrière de la boulangerie désormais fermée.

En façade de la Rue Carnot, de chaque côté de l’épicerie-quincaillerie Salmon, on trouvait, côté rue Louis XIII, le salon de coiffure de Madame Lerat, puis de son fils. Ce salon hébergeait avant, un perruquier. De l’autre côté, avant la boulangerie, le tabac créé en 1813 et tenu par Léon Proust, receveur buraliste à qui succédera, vers 1841, Madame Guyonnais, veuve de guerre. Enfin, après la boulangerie, réduisant considérablement l’entrée de la Rue de Lorraine, le magasin de cycles et atelier du mécanicien Pierre Monnier, résistant qui fut arrêté par l’occupant et décéda, en Allemagne. Ce bâtiment fut démoli pour élargir la rue.

C’est à l’épicerie et quincaillerie Salmon, l’une des premières créée à Challans avec la maison Clouard, que Sylvain Bailly fit son apprentissage. Les familles du comptable d’alors, M. Erceau, « toujours vêtu d’une blouse grise impeccable et paré de son inséparable nœud papillon, travaillant sur un haut pupitre et la plume à la main » racontait Théo Rousseau, étaient parentes avec la famille Bailly.

L’auberge Louis XIII n’était pas la seule de ce quartier relié à la Place de l’Église par la Rue de la Baffrie, (actuellement Rue Pierre Monnier), tracée vers le XVe siècle sur la partie la plus ancienne du cimetière. C’est entre l’église et la Grande Rue (rue Carnot) que furent inhumés les défunts entre le V ou VIe siècle et le XIVe. Totalement saturé, il fut abandonné, un chemin tracé, et des constructions s’élevèrent des deux côtés. L’auberge du Soleil Levant, disparue, était aussi ancienne que le Louis XIII et celle de La Gerbe de Blé, elle aussi au carrefour, était probablement de la même époque.

Charles Grelier fit interrompre les travaux de voirie, rue Pierre Monnier, dans les années 50 pour réaliser des fouilles qui confirmèrent des sépultures de l’ère Mérovingienne. (Ve au VIIIe)

Un puits, dont la propriété fut souvent disputée, équipé en 1927, d’une pompe à bras, permettait au quartier de se fournir en eau, même si l’on disait qu’on y buvait autant qu’au Boutourin, quartier des volaillers (La Croix de Mission). L’abbé possédait dans sa propriété un puits dans lequel, pendant les guerres de Vendée, on jeta des fusils.

Le quartier était un lieu très animé, traversé par le Challans Fromentine dès 1896 et par le trafic hippomobile puis automobile, généré par la route Saint-Jean-de-Monts – Cholet. S’engageant rue Pierre Monnier, il fallait pour accéder à la Grande Rue (Carnot) et rejoindre la Rue Bonne Fontaine en direction de Cholet, négocier l’angle droit fort étroit du carrefour. Il faudra attendre 1938 et une réclamation de la commune de Saint-Jean-de-Monts pour que la ville modifie le fléchage, afin d’éviter que les cars n’y restent régulièrement coincés.

Nous savons, grâce à Charles Grelier que la Rue Louis XIII fut obstruée, comme la Rue Carnot par l’occupant, qui imaginait un débarquement des américains sur les plages de Saint-Jean-de-Monts. On voie bien, dans cette préoccupation, que le chemin naturel pour accéder au centre de Challans, passait toujours par ce carrefour.

A la même période, de ses fenêtres, l’abbé observait et notait avec tant de précision les mouvements des troupes allemandes : type de véhicules, nombre estimatif de soldats, provenance et direction, horaire et durée du défilé qui faisait trembler les murs de sa maison, qu’il aurait pu renseigner efficacement, un réseau de résistants !

Sa vaste demeure fut réquisitionnée pour loger des officiers allemands qu’il jugea très bien élevés pour les premiers, beaucoup moins lorsque de plus jeunes recrues les remplacèrent. Juste avant, ce sont les réfugiés Ardennais qui bénéficièrent de son hospitalité. Huit d’entre eux logèrent dans sa maison et le petit pavillon de gardiennage, sise dans le vaste jardin.

Après la Rue Louis XIII, disparue il y a cinquante ans,  c’est l’îlot complet qui est appelé, peut-être, à disparaître.

Erick Croizé

Sources : Abbé Grelier. Théo Rousseau. J.P.Vincendeau.

Photo : Archives de la Vendée.

Le jardin de l’Hôtel de Ville un dimanche de Fête-Dieu

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