LES BRÈVES DE DECEMBRE

Les brèves de décembre, pour clôturer l’année 2021, reviennent
sur les événements ou actualités du passé. 1909, 1911, 1926…
Bonne lecture!

Vous trouverez également des rubriques historiques sur www.lesnouvellesdechallans.fr

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Nos empiriques.

– 1911 –

Spécifique de toutes les maladies infantiles, le plomb de chasse, à condition toutefois qu’il soit du N° 4, est journellement ordonné par une guérisseuse de notre commune. (1)
Voici de quelle façon la drogue se prépare : on fait bouillir une demi-livre de ce plomb dans un litre d’eau jusqu’à réduction de moitié, on laisse refroidir et on administre par cuillerées à café jusqu’à ce que les… coliques se manifestent.
Une concurrence sérieuse, représentée par la massothérapie et électrothérapie vient de se dresser devant la productive thérapeutique de notre empirique. Deux frères, originaire de notre Bocage Vendéen, masseurs par distraction avant de l’être par état, ont, il y a quelques semaines, inondé notre canton d’alléchants prospectus dans lesquels ils offrent non seulement de guérir toutes les maladies, mais encore de donner aux corps, mal proportionnés ou contrefaits, une irréprochable académie, aux visages dépourvus d’agrément une attirante beauté, et aux crânes luisants et nus une épaisse et abondante chevelure ! Le tout moyennant le versement de 2Frs.50 à 5Fr. par séance opératoire, suivant la tête du consultant.
Les clients abondèrent. Il en vint de Soullans, de Châteauneuf et d’ailleurs. Paralysies, maux d’estomac, cécités, etc… furent traités à coup de pile électrique et ne s’en portèrent pas plus mal. Certains malaises nerveux firent semblant de quitter la place qu’ils occupaient chez les malades imaginaires et s’en revinrent bientôt, plus tenaces et plus douloureux. Malheureusement pour les fondateurs de ce « cabinet humanitaire », MM Georges et Ernest Monet, la gendarmerie fut chargée d’enquêter et, mardi dernier, rendant visite aux deux praticiens, elle constatait que ni l’un ni l’autre n’était passé par une faculté de médecine et que seul, M. Georges se dit titulaire d’un diplôme de masseur délivré par l’école française d’orthopédie et de massage, dirigée à Paris par le docteur Paul Archambaud, diplôme qu’il prétend avoir laissé chez ses parents, à Moutiers-sur-le-Lay.
Cette intrusion de la justice dans une affaire qui débutait bien, et promettait d’être fructueuse,
va peut-être donner à réfléchir aux malades bénévoles et crédules qui attribuent aux charlatans contemporains la puissance mystérieuse qu’ils supposaient aux devins et sorciers d’autrefois.

Auguste Barrau. 1911

Note :
Auguste Barrau à la suite de cet article note, sans les publier, les noms de six personnes ayant consulté ces charlatans et leurs maux respectifs, liste établie par le Docteur Palvadeau (2). Celui-ci a en effet alerté par courrier le Maire de Challans, joignant le prospectus distribué et précisant où et chez qui les deux frères tiennent cabinet, le mardi et le mercredi.
En 1926, le conseil municipal révise les droits de place les jours de marché et de foire. Les voitures des empiriques, des dentistes et des saltimbanques devront s’acquitter de la somme de deux francs. contre un franc précédemment. Les « empiriques » sont des personnes qui utilisent des pratiques thérapeutiques basées sur l’observation et l’expérience. Attention, le charlatan n’est jamais loin..

(1) Il s’agit de Séraphie, couturière et guérisseuse, femme de François Guihochet, sabotier rue du midi à Challans. Ne sachant ni lire ni écrire, Séraphie était connue jusqu’à l’île d’Yeu d’où lui venait une importante clientèle. Elle gagna tant d’argent avec sa médecine au plomb de 4 qu’elle put s’acheter un terrain à Villeneuve (quartier de la gare) et y faire construire une maison.
(2) Le docteur Palvadeau avait son cabinet dans sa propriété du Bois du Breuil.

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Spectacle sensationnel !

Auriez-vous été tenté par cette soirée ?
Probablement !
Nous sommes en juillet 1911, la Salle des Fêtes de Challans, rue de Nantes, est ouverte depuis 1910.

La direction du merveilleux cinématographe parlant dont les appareils sans trépidation ont obtenu 7 médailles d’or et 5 diplômes, donnera le jeudi 27 courant,
à 8 heures du soir, Salle des Fêtes à Challans, une séance à laquelle nos concitoyens feront bien d’assister.
Le programme qu’exécutera le « Royal Wis » est de nouveau très varié.
Il comprendra des scènes comiques, des visions d’art, des projections de photographies couleurs, diverses épopées, un grand drame biblique d’une durée de 30 minutes avec paroles et musiques, des fantaisies à la Loïe Fuller (1), un intermède de concert qui permettra d’entendre et de voir dans leurs rôles les principaux artistes lyriques de la capitale, et enfin, en séance supplémentaire, la reproduction de quelques opérations chirurgicales par le Docteur Doyen.
Le prix des places est ainsi fixé : première 1f50 – deuxième 1f – galerie 0f75, troisième 0f50. Les enfants paieront demi-tarif.
Avouez que ce programme, fourre-tout étonnant, a de quoi, en 1911 séduire le spectateur !
Ce qui est encore plus étonnant, c’est que l’on nous annonce du cinématographe parlant, alors que le premier film parlant date de 1927 !

Explications:

Si le cinéma, en 1911 était bien muet, on pouvait assister – c’est le cas ici dans la Salle des Fêtes de la Rue de Nantes – à des séances de cinéma sonore. Soit l’image projetée et à côté, des sons produits par un appareil sonore : un phonographe, par exemple. La synchronisation entre les deux sources devait être très aléatoire, mais quelle découverte et quel plaisir pour les spectateurs d’un petit bourg de province en 1911 qui ne bénéficiaient pas des même avantages que les Parisiens.
Eux, pouvaient disposer du Théâtrophone, appareil présenté à l’Exposition Universelle de 1889,
qui permettait d’écouter des pièces de théâtre chez soi. On songe alors à le relier à l’Opéra et à la Comédie Française, non pour promouvoir ces deux institutions, mais pour inciter le public à s’équiper de téléphone. Erreur de communication : le téléphone est alors perçu comme un instrument de distraction et de distinction. La majeure partie du public et de nombreux hommes politiques pensèrent pendant longtemps qu’il n’était destiné qu’aux bavardages mondains !
Et son développement en fut retardé !
Mieux que le phonographe, l’accompagnement en direct par un orchestre ou un piano.
Deux pianistes accompagneront les films muets ou les spectacles à Challans, Madame Bloch, également professeure de piano et Madame Moreau Quillec.

E.C

Article du Phare de la Loire – Auguste Barrau.
Sources : Le dictionnaire de la langue du Théâtre / Vive les Amateurs
(1) Loîe Fuller était une danseuse américaine, pionnière de la danse moderne.

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De chaque côté du capot qui masque aux spectateurs le souffleur, les transmetteurs téléphoniques
Illustration du XIXe Gravure sur bois.

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Le téléphone fut d’abord appliqué aux communications à l’intérieur des maisons, ateliers et bureaux.

« En 1881, lors de la première Exposition Internationale d’Electricité, on a vu pour la première fois, réalisé à Paris, le phénomène merveilleux de pièces de l’Opéra, entendues au Palais de l’Industrie, grâce au téléphone. L’ingénieur de la Compagnie des Téléphones, avait disposé le long de la scène de l’Opéra, de chaque côté du trou du souffleur, douze transmetteurs téléphoniques » . (Voir illustration – gravure sur bois).

«  Des fils souterrains mettaient ces transmetteurs en communication avec le Palais de l’Industrie où les amateurs, l’oreille collée au récepteur téléphonique ordinaire, entendaient, avec une profonde surprise, les chœurs, les chants et les bruits de la salle de l’Opéra. Rien ne peut donner l’idée de l’étonnement où plongeaient ces auditions théâtrales aveugles, l’Opéra et le Palais de l’Industrie étaient distants de deux kilomètres ! »
(Extraits de l’album de la science et des grandes découvertes – 1898).

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La Foire des Minées en 1909

La Foire des Minées, en septembre 1909 se déroule sur trois jours et investit l’espace du Champ de Foire, la place des halles ainsi que les rues avoisinantes.
Voici la description de cet évènement annuel par Auguste Barrau.
« La très pittoresque Foire des Minées a été, dimanche, lundi et mardi derniers, tout aussi animée que les années précédentes.
Si le marché des meubles, qui se tient le dimanche sous les grandes halles, s’est terminé dès le matin – étant donné la petite quantité d’armoires, cabinets, vaisseliers, lits, etc, mis en étalage – en revanche, le lendemain, le trafic des bois de charpente et de chauffage, de la vannerie du pays, des cercles, des oignons, aulx et échalotes, a donné lieu à un mouvement inaccoutumé. On circulait difficilement sur le Champ de Foire où se tenait, en outre, le concours agricole organisé par notre municipalité.
Mardi matin, malgré la pluie, les routes étaient encombrées de véhicules de toutes sortes et bientôt, dans les rues, il était absolument impossible de se dégager tant la foule était compacte. Dans l’après-midi, le ciel s’est éclairci et la jeunesse de toute la région, pour qui la Foire des Minées est une fête impatiemment attendue, après une visite au Cinéma-Pathé qui a dû faire de jolies recettes, a organisé de bruyantes danses dans tous les endroits où il y avait un peu de place de libre, cependant que de nombreux couples, amants de la solitude et de la rêverie, se livraient dans le quartier des Soupirs, aux douceurs du maraichinage ».

A. Barrau

Note:
Le maraichinage est encore bien vivant en 1909. C’est la Grande Guerre qui modifiera profondément et définitivement les us et coutumes propres au Pays Maraichin. La disparition du costume traditionnel (voir article des Brèves de novembre), des danses, de la musique et des instruments typiques du pays vont amener, au cours des années 30, la création de musées et groupes de personnes (on dira bientôt groupes folkloriques) de danseurs et de musiciens, chargés de défendre et de conserver ces traditions.

E.C

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Réclame

Madame de La Roche, voyante, consulte tous les jours de foire et de marché, au café Renaud-Goupil, Place du Champ de Foire.

Le Phare septembre 1934. 

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Combien de bêtes aux Foires de Challans ?

– 1926 –

Ce ne sont pas les Foires des Minées, en septembre, qui rassemblaient sur les foirails le plus d’animaux destinés à la vente. Challans avait une foire mensuelle, le second mardi de chaque mois, à laquelle s’ajoutait chaque trimestre une foire aux chevaux.
La Place du Champ de Foire pour les bêtes à cornes, la Place Saint-Antoine pour les porcs et la Place des Marronniers pour les chevaux ont présenté à la vente, le mardi 9 mars 1926 les quantités suivantes :
Champ de Foire, 20 taureaux, 600 vaches et génisses, 400 bœufs, 350 veaux, 120 moutons et une chèvre.
Place Saint Antoine, 250 porcs.
Place des Marronniers ,140 chevaux, 30 ânes et 3 mulets.
Faites le compte : 1914 bêtes sur pieds ! Et encore, je vous fais grâce des volailles qui atteignent souvent les 1000 unités. Je vous laisse également calculer la quantité de méthane dégagé en 24 heures au-dessus du centre-ville !

E.C

Source: Journal le Phare

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Le dangereux carrefour de La Flocellière

– 1926 –

En 1926, le carrefour de la Flocellière n’était pas protégé par un radar pour limiter la vitesse des automobiles, mais il était, comme tous les carrefours, fort dangereux : aucune règle de priorité n’existait !
Voici un exemple rapporté par le Journal le Phare. Une camionnette arrive à faible allure de Saint-Christophe-du-Ligneron, se dirigeant vers La Garnache. Le conducteur corne (klaxonne) selon l’usage et s’engage. Au même moment, un motocycliste arrive de Cholet en direction de Challans.
Il corne lui aussi, et s’engage. Au même moment ! Le choc est inévitable ! Pendant quelques années encore, traverser un carrefour tiendra de la roulette russe puisque personne ne doit marquer un arrêt avant de passer.
Le conducteur de la camionnette est indemne. La motocyclette est détruite et son conducteur blessé. Les voisins sortent. On transporte l’homme et on l’installe dans le lit d’une femme qui vit seule. Elle propose aussitôt, si le blessé n’est pas transportable, de le garder quelques jours : la solidarité n’est pas un vain mot. On fait prévenir un docteur de Challans qui vient, avec son automobile, au chevet du motocycliste. Il décidera de le transporter dans sa voiture, à l’hôpital Biochaud, lui prescrivant d’emblée quatre semaines d’incapacité de travail.
C’était donc le médecin généraliste et les témoins qui apportaient les premiers soins. Les sapeurs- pompiers de l’époque, tous bénévoles, ne s’occupaient que des incendies. Un sujet qui sera traité dans le prochain Cahier du Noroît.

D’après Auguste Barrau.

Erick Croizé.

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