LES BRÈVES D’AVRIL

Brèves d’Avril

Il y a bien longtemps que le poisson d’avril a perdu la place qu’il avait dans les années 1900 comme l’attestent ces cartes postales. Dans les années 60, on pouvait encore se promener avec un poisson dans le dos, déjà plat comme une feuille de papier. La presse perpétua la tradition du canular jusqu’au jour où ces fausses nouvelles devinrent incompatibles avec une information et une société trop sérieuse. Dommage.

 

Regardez bien ce poisson. Il ressemble beaucoup au poisson-fontaine que Jacques Tati a installé dans le jardin de la maison futuriste de Monsieur et Madame Arpel, pour « Mon Oncle », film culte de 1958. Totalement kitch et invraisemblable ! Un vrai poisson d’avril !

La suite n’est pas un canular, c’est vraiment de l’histoire!



 

Louis XIII occupa la chambre située au-dessus de ce porche, rue Carnot.
C’était alors l’Auberge du Dauphin



Il y a 400 ans Louis XIII passait à Challans

La Société d’Histoire du Nord-Ouest Vendée raconte.

Avril 1622

Le Roi Louis XIII chasse sur les berges de la Loire pour tromper le temps, pendant que les bateaux, emportant ses proches, descendent le fleuve. Le jeune Roi, qui n’a que 21 ans, a pour la seconde fois rendez-vous avec Benjamin de Rohan, prince de Soubise et chef militaire des Huguenots.

Après Saint-Jean d’Angély en 1621, c’est le Bas-Poitou qui l’appelle. Les exactions, les destructions et les pillages des troupes commandées par Soubise n’ont que trop duré.

La promesse faite par celui-ci au lendemain de la capitulation de Saint-Jean-d’Angély, après 26 jours de siège, de ne plus porter les armes contre lui, n’a pas tenu plus de deux mois.

Le Roi a quitté Paris le 20 mars et, après plusieurs étapes, il débarque à Nantes le 10 avril.

Benjamin de Rohan, lui, a débarqué en janvier avec 300 soldats à Saint-Benoist sur Mer, sur le Lay. Il lève une armée et en février assiège le port des Sables. Après avoir rançonné la ville, c’est au tour de Luçon d’être pillée et incendiée. Il se précipite alors sur Saint-Gilles, l’importance des ports étant capitale. Repoussé par les habitants, il échouera également devant les Moutiers, puis Talmont.

Soubise, qui compte sur le soutien des navires Anglais, remonte la côte, espérant faire de l’île de Riez une sorte de place forte d’où il pourrait atteindre, en traversant l’Île de Monts, l’Île de Noirmoutier, plus accessible aux bateaux de fort tonnage.

Le mercredi 13 avril, Soubise s’installe sur l’île de Riez. Le lendemain Louis XIII arrive à Challans.

C’est entre terre et mer, cerné par les marais, les étiers, la Vie et l’achenau de Besse, que la bataille va se jouer, les 14, 15, 16 et 17 avril 1622, il y a 400 ans. L’île de Riez sera finalement un piège qui se refermera sur les soldats de Soubise qui lui, préféra la fuite.

La Société d’Histoire vous proposera chaque mois de nouvelles chroniques inspirées par ces évènements, et vous tiendra informés des différentes manifestations organisées autour de ce quatre centième anniversaire.

Vous pourrez y accéder par notre site : shenov.fr

Notre page Facebook : Shenov Challans Société d’Histoire – et sur lesnouvellesdechallans.fr

N’hésitez pas à partager !

Erick Croizé.



 

La maison qui abrite l’actuelle Auberge Louis XIII existait en 1622.
Était-ce déjà une auberge ?



LOUIS XIII à Challans

C’est à la suite d’un conseil de guerre tenu dans la nuit à Legé, et sur les conseils de Condé, qu’il fut décidé d’attaquer Soubise qui s’était retiré dans l’Ile de Rié après avoir été repoussé par les habitants de Saint Gilles.

La motivation de Louis XIII de faire étape à Challans n’est qu’une stratégie guerrière et c’est contre l’avis de sa mère, Marie de Médicis, qu’il prend la tête de l’armée royale pour venir combattre Soubise dont les troupes huguenotes sont réputées pour leurs exactions et leurs pillages dans les maisons. 

Les colonnes arrivèrent à Challans le 14 Avril au matin.

Le roi, reçu par le Sieur de la Coursaudière, s’installa dans son auberge située au 12 de la rue Carnot près de l’actuel Espace Despret .

Il dormit dans la chambre située au-dessus du porche toujours visible aujourd’hui.

On peut voir cette plaque dans la rue Carnot pour rappeler où dormit le jeune roi de France.

 

Le prince de Condé, le cardinal de Retz, le duc d’Orléans (frère du roi), Jacques de Clérambault qui commande les régiments de Navarre et de Normandie, Bassompierre qui commande les mercenaires Suisses, seront logés chez l’habitant, essentiellement dans la rue Bonne Fontaine.
Les 8000 hommes et 800 chevaux qui composent l’armée du roi, ainsi que les femmes envahiront les rues Gambetta et Carnot jusqu’à Pont-Habert.
Le roi reprit des forces à l’auberge où un repas des plus « légers » lui fut servi.
Son médecin mentionnait dans ses écrits :
« Bouts d’asperges en salade, olives, pigeonneau à la sauce jaune, demi-levraut lardé, aile de poule rôtie, figues, cerises confites, pomme crue sucrée à l’eau de rose, guignes sèches ».
Il faut préciser que depuis sa plus tendre enfance Louis, entraîné par son papa Henri IV se nourrit généreusement !
Il a une passion pour la nourriture, surtout les fritures, les ragoûts, les viandes, les sauces, les gâteaux et autres sucreries ; le tout bien arrosé !
Cette abondance de victuailles sera fatale à notre Roi qui sera tourmenté toute sa vie par un mal intestinal aigu qu’on appellera bien des années plus tard « maladie de Crohn »
Le repos de Louis fut très court, lui qui n’a qu’un souci en tête, se lever pour aller à la guerre.
Le 15 Avril 1622 à 3h du matin, après une messe, il conduisit ses hommes près d’Apremont afin de rejoindre les trois régiments de l’armée royale stationnés aux Sables d’Olonne et commandés par La Rochefoucauld.
Cette nuit-là, le roi et ses principaux officiers dormirent dans quinze maisons du Perrier.
Louis XIII aussi courageux que son père, suivit les conseils du prince de Condé et décida d’attaquer Soubise qui s’était retranché dans l’île de Rié.
Il  se croyait en sécurité dans cette forteresse naturelle, protégé d’un côté par la mer, d’un autre par la Vie ainsi que par les marais.
Plusieurs attaques ont lieu, les assiégés résistent, les catholiques investissent alors l’île de Monts.
Le prince de Condé comprit les avantages de cette position qui permettrait de former l’attaque à travers le canal de Besse qui séparait les deux îles.
Cependant, toute retraite serait impossible avec la haute mer, il aurait donc une obligation de victoire.

Le franchissement de la Besse par la cavalerie royale

 

Il fut informé par des paysans que la Besse pouvait être franchie à gué pendant quelques quarts d’heures seulement.
C’est donc le 16 Avril à minuit, profitant de la pleine lune et de la marée basse, que le roi et ses 7000 fantassins traversèrent à grand-peine la Besse (aussi large que la Seine), mouillés jusqu’à la ceinture et luttant à chaque pas pour ne pas s’ensevelir dans la vase.
L’expédition terminée, le roi et ses troupes campèrent dans l’Ile de Riez où il ordonna d’allumer des feux afin de réchauffer les soldats épuisés et de sécher leurs uniformes.
Louis qui était très proche de ses hommes leur fit aussi distribuer des vivres qu’il partagea avec eux, assis au milieu d’un champ puis il se reposa à même la paille.

Le combat put commencer vers quatre heures du matin, la stratégie du jeune Louis eut un effet de surprise sur les huguenots qui tentèrent de s’enfuir.
C’était sans compter sur la révolte des maraîchins exaspérés par les pillages qu’ils avaient subis deux jours auparavant.
Abandonnés par leurs chefs, Soubise s’enfuyant à cheval dès l’après-midi vers Bordeaux, les parpaillots se réfugièrent sur leurs vaisseaux ou dans Croix de Vie. Mille cinq cent prisonniers furent envoyés aux galères.
L’armée royale n’aura perdu qu’une vingtaine d’hommes tandis que sur le terrain gisaient les corps de quatre mille soldats.
Après avoir infligé une lourde défaite aux protestants, le roi accordera deux jours de repos à son armée et séjournera au château d’Apremont.
C’est ici qu’il décidera le démantèlement du château de La Garnache, propriété de Henri II, frère de Soubise .

Ainsi se terminera le court et intense séjour de Louis XIII, dit Louis Le Juste, en Vendée.

La bataille de l’Ile de Rié lui permit d’acquérir la gloire militaire.

Françoise EVEN

Sources : Wiikipédia,  SHENOV, « Histoires des guerres de religion » de Louis Brochet.

L’auberge Louis XIII, ici vers 1930, est ancienne car ce quartier, nommé la Baffrie, était réputé au XVIIe pour ses auberges.



14 avril 1622 : le roi Louis XIII à Challans!

Venant de Vieillevigne, il chevauche en direction de Challans. C’est un excellent cavalier et ce Roi de 21ans a fière allure au milieu de son armée…et de la Cour qui suit l’expédition car il est venu pour faire la guerre, pour être le maître chez lui, pour reconquérir son royaume. Le long du chemin , il ne peut s’empêcher «de tirer de la harquebuse» car la chasse est l’une de ses grandes passions, en même temps que la guerre, d’ailleurs. Ce jeune homme renfermé, timide, longtemps «immature et secret» nous dit Simone Bertière, mais colérique, orgueilleux, mal à l’aise en public car il est bègue, de santé fragile, mais par ailleurs aimant la musique, le chant, et la poésie, a devant lui une tâche bien lourde, après une jeunesse difficile et sombre.
Il pense à tout cela pendant les longues chevauchées ou ses promenades solitaires à pied, à chaque étape…

Il revoit sa tendre enfance: son père, le bon Roi Henri! Il adorait cet homme simple et affectueux qui le faisait sauter sur ses genoux, mais le faisait quand même fouetter lorsqu’il fallait le punir, et qu’il appelait papa et non Monsieur comme c’était la coutume. Le Roi Henri avait voulu l’éloigner des nuisances de la Cour en le confiant à la «nursery» royale, dirigée par la redoutable Madame de Montglat qu’il n’aimait pas, vivant au milieu des autres enfants (six légitimes et cinq bâtards ) du Roi.
Dès lors il se sentit frustré, en tant que futur Roi, qu’on ne lui obéît pas! Heureusement, il y avait cette bonne nourrice qui le dorlotait.

Et puis, le drame, l’assassinat du Roi son père en 1610,le plongea dans le désarroi le plus total.Quant à sa mère, la riche «banquière» Florentine, Marie de Médicis, il la détestait pour sa froidure, son indifférence, son mépris, et en ce mois d’avril 1622, il lui garde toujours rancune, avec raison!
La Régente l’a tenu éloigné ses affaires, même après sa majorité, en 1613.Elle s’est entourée de parasites, le principal étant le fameux Concini, un noble aventurier Florentin, flanqué de sa compagne Leonora Galigaï. Ils ont mis à sec le trésor royal en distribuant des largesses aux grands du royaume pour éviter sans grand succès leur révolte, ils ont convoqué des Etats Généraux qui n’ont rien apporté, ils se sont moqué de lui, l’ont humilié.
Et pire encore, ils lui ont fait épouser, dans le cadre de leur politique pro-espagnole, cette Anne d’Autriche. Il se souvient bien, c’était le 25 novembre 1615: une longue procession, Marie de Médicis en tête, l’a conduit dans la chambre de la jeune Reine pour «consommer» le mariage!
Il n’a pas aimé du tout! Et il ne l’aime pas!

Il préfère la compagnie de son fauconnier, le duc de Luynes, qui lui apporte une vraie affection. Il aime bien aussi son médecin dévoué, Jean Héroard, très attentionné, même s’il abuse un peu des lavements pour soigner son intestin de plus en plus délicat.
Il se souvient avec fierté de sa première action autoritaire. Ce fut brutal: il a fait assassiner Concini par le Maréchal de Vitry et les Gardes Françaises. Et il a crié aux soldats fidèles « merci à vous; grâce à vous, e suis Roi»

Quant à sa mère, il n’a pas vraiment réussi à l’éloigner complètement: la fait il enfermer à Blois, elle s’évade avec des complicités, le Duc d’Epernon par exemple. On a négocié, mais le complot a recommencé, et il commande lui même l’armée qui a vaincu celle de sa mère aux Ponts de Cé, en août 1620, il y a maintenant deux ans. Et il a fallu quand même la réintroduire au Conseil. D’ailleurs il pense à ce moment qu’il doit vraiment se méfier de l’évêque de Luçon. Armand du Plessis, conseiller de la reine mère qu’il avait apostrophé rudement «Luçon, je suis débarrassé de votre tyrannie!», après la chute de Concini dont il était proche, et qui malgré sa disgrâce, est toujours là pour servir d’intermédiaire! Il faudra le surveiller!

Voilà, maintenant, il se dit que sa route est bien tracée. Il doit être le Roi obéi de tous. Pour cela il doit réduire la puissance des Grands dont l’arrogance est inadmissible et empêcher Marie de Médicis de nuire au royaume. Il faudra faire la guerre à l’Espagne certainement.
Mais avant, il y a la puissance Protestante. Sans doute pense-t-il, nombre d’entre eux me sont fidèles, La Trémoille ( il se convertit au catholicisme en 1628) par exemple, Henri Robert de Lamarck prince de Sedan. Et ce bon docteur Héroard qui veille nuit et jour sur sa santé déjà chancelante.
Mais il y a cette puissance militaire, ces places de sûreté nées de l’Edit de Nantes. La Rochelle qui est une redoutable place forte, une tête de pont Anglaise. C’est une affaire difficile! Il aurait besoin d’un principal ministre dévoué et efficace! La Preuve, si Saint Jean d’Angely a été réduite, il y a eu l’échec devant Montauban…C’est humiliant et on peut craindre que les protestants organisent «les Provinces Unies du Languedoc» sur le modèle Hollandais.

Et maintenant, Il veut écraser l’un de leurs chefs Benjamin de Rohan Soubise, qui pille le Bas Poitou, dont l’évêché de Luçon, et cherche à contrôler une nouvelle tête de Pont avec l’Angleterre, Saint Gilles. Il faut le réduire.
Il est deux heures, le Roi fait son entrée à Challans, petit bourg de quelques centaines d’habitants fidèles à la Couronne.

Demain sera jour de bataille!

Francis Mallard 

Petite bibliographie:
Patrick Avrillas: Louis XIII, un Roi de Guerre.La Geste 2019
Simone Bertière: Louis XIII et Richelieu . La «malentente» Editions du Fallois 2018
Journal d’Héroard, médecin de Louis XIII. Extraits de son journal.
Georges Bordonove: Louis XIII. Pygmalion 1981.

N.B. J’ai présenté la vision politique de Louis XIII d’une manière un peu optimiste, pour montrer la rude tâche qui l’attend dans les mois et les années à venir. Louis XIII, en réalité , s’il est bon cavalier et bon chef de guerre, a une vision politique comparable à la démarche d’un joueur d’échec qui joue au coup par coup. Heureusement, il va avoir sa « tête politique » en la personne de Richelieu.

 


 

*  –  * – *

Chaque mois, rendez-vous sur
www.shenov.fr
L’actualité du passé

Vous trouverez également des rubriques historiques sur:
www.lesnouvellesdechallans.fr